« Un jour, j’ai ouvert la porte, et je me suis lancé! »

Benoit Sechet Escrime

« Un jour, j’ai ouvert la porte, et je me suis lancé! »

6 février 2017 They Feel Alive

Entretien avec Benoît Sechet – Realisé par l’équipe de Feeling Alive.

Benoît fait partie de ces hommes dont la détermination force le respect et l’admiration. A 42 ans, ce cadre dans l’industrie pharmaceutique, marié et père de trois enfants, est résolu à vivre sa vie comme il l’entend malgré son handicap sans se laisser dicter ses choix. Déterminé, il mène sa vie familiale et professionnelle de front tout en alliant sa passion pour l’escrime au sein du club « Le masque de Fer » à Lyon.

C’est avec beaucoup d’enthousiasme et d’humilité qu’il se livre à nous et nous raconte son expérience sur la piste… Portrait d’un homme de combats.

Tu n’as pas toujours été un grand sportif ?

Non, j’ai fait un peu de sport à l’école étant petit mais j’ai très vite été dispensé du fait de mon handicap. J’ai une maladie orpheline, le syndrome de Strümpell-Lorrain*. C’est une paraplégie spastique d’origine familiale. Elle est évolutive de façon lente et se traduit par une diminution progressive de la force musculaire au niveau moteur. Progressivement je perds l’usage de mes jambes et plus faiblement celui de mes membres supérieurs. Actuellement je marche avec des béquilles mais la prochaine étape, ce sera le fauteuil…

Les symptômes sont mal définis donc c’est compliqué. J’ai ça depuis mon enfance et à l’époque le sport n’était pas aussi ouvert que maintenant et ni mes parents ni moi ne pensions que je pouvais en faire…

Et pourtant, il y a 6 ans, ta vie « bascule » par hasard ?

Oui, de façon totalement aléatoire ! Un jour, au forum des associations, je suis allé voir par curiosité la section handisport et il y avait une démonstration d’escrime handisport. Et c’est là que j’ai rencontré pour la première fois Guillaume Dubreuil qui m’a fait asseoir dans un fauteuil, enfiler une tenue et essayer. Il deviendra mon maître d’armes par la suite. Je connaissais l’escrime « valide » comme tout monde mais je suis parti de là avec beaucoup de questions.

J’étais dans une période de boulot très dure, je sortais d’un burn-out et j’avais besoin de quelque chose pour me sentir vivant. Et puis c’est comme ça qu’après un mois de questionnement, un soir, j’ai ouvert la porte du club et je me suis lancé.

Et aujourd’hui, tu es à un niveau international. Comment en es-tu arrivé là ?

J’ai d’abord commencé en étant le premier « handi » de la section handisport que montait Guillaume. Il m’a tout d’abord donné des cours de fleuret puis d’épée qui est devenue mon arme de prédilection. Pendant un an, je suis resté tout seul mais il y avait une réelle mixité entre les valides et moi. Le soir, j’installais une piste avec les deux fauteuils et spontanément certains venaient s’asseoir pour tirer contre moi. De temps en temps, il y avait des personnes du circuit national et petit à petit, en faisant des démonstrations, la session s’est étoffée et maintenant nous sommes une dizaine.

Dès la deuxième année j’ai commencé à me lancer dans la compétition et au fur et à mesure mon classement national m’a permis d’être sélectionné sur l’international et j’ai participé à ma première coupe du monde en octobre 2015 à Paris. Ce fut très compliqué car j’ai été classé en catégorie A* et j’avais en face de moi des personnes qui avaient le plein contrôle de leur tronc, ce que je n’ai pas. Quand sur le fauteuil je me penche d’un côté ou de l’autre, je n’ai pas d’équilibre. Mes mouvements sont aussi beaucoup plus lents en raison d’un influx nerveux diminué.  Du coup, ça s’est joué plus sur un plan physique que technique. Il y a des côtés positifs, ça nous oblige à nous dépasser et ça tire le niveau vers le haut mais ce fut très dur. J’ai perdu en poule mais c’était une sacrée expérience!

 

Est-ce que l’entraînement handisport est différent de celui des valides ?

Oui, c’est en fait la notion de distance qui est différente. En escrime valide, on bouge sur la piste et on va au contact de l’adversaire. On peut avancer et reculer.

En escrime handisport, la distance est fixe. On est dans des fauteuils qui sont accrochés au sol par des plaques. La seule modification de distance sur laquelle on joue avec l’adversaire se fait avec avec le mouvement du haut du corps. Du coup, comme la distance de base est très courte, ça va beaucoup plus vite et les assauts sont beaucoup plus rapides. Pour toucher, il faut y aller !

Il y a beaucoup d’escrimeurs valides qui aiment bien s’asseoir dans les fauteuils et tirer face à nous parce que ça leur fait travailler la précision et la rapidité de la main.

On imagine que ce ne doit pas être facile de tout concilier entre la vie de famille, le travail et l’entraînement à haut niveau que ça représente?

C’est parfois difficile de tout gérer au niveau temps. J’aime m’investir à 100 % dans ce que je fais ! Avec deux entraînements par semaine, du sport en salle et des week-ends sur les événements nationaux ou internationaux, c’est parfois compliqué de pouvoir tout faire.

Quand j’ai commencé l’escrime et le sport, l’objectif était de repartir après mon burn-out et de trouver un équilibre et je suis parti à fond. J’ai fait beaucoup de compétition parce que j’avais comme objectif d’aller en coupe du monde. Je suis presque allé trop loin l’année dernière et ça m’a coûté cher au niveau physique…

Aujourd’hui, il faut juste que je revienne sur quelque chose d’un peu plus raisonnable et que je redéfinisse mes priorités, d’autant plus que j’ai moins de capacités physiques qu’il y a six ans quand j’ai commencé. Mais je me refuse, quand je suis sous l’eau au boulot, à lâcher les entraînements parce que ce sont de vraies bulles d’oxygène et si je les lâche je sais pertinemment que je vais étouffer.

Au niveau familial, j’ai une épouse extraordinaire qui m’accompagne et me supporte tous les jours. Elle m’a vraiment autorisé à suivre cette passion qu’est devenue l’escrime malgré l’absence due au rythme. Mes enfants aussi sont supers, ils ont compris que je m’éclate dans ce sport, que ça m’apporte un équilibre et sont fiers d’avoir leur papa qui part en coupe du monde. Quand j’ai des coups de mou, c’est eux qui me poussent à reprendre l’entraînement. C’est sympa !

Qu’est ce que la pratique de l’escrime et du sport t’ont apporté ?

L’escrime est un sport où la concentration est très importante. C’est une bonne façon de se vider complètement la tête. Ça a développé ma capacité à m’affirmer et ça m’a montré les nouvelles facettes de moi-même. La combativité m’a aidé à ne plus me faire marcher sur les pieds, à aller de l’avant et à mieux gérer mes projets au travail.

Au niveau physique, ça me fait énormément de bien, et ca ralenti l’évolution de ma maladie. Je sens vraiment, quand j’arrête le sport pendant les vacances, une progression de la pathologie, de la spasticité, des douleurs. C’est difficile à expliquer mais il me manque quelque chose pour me sentir bien!

Et puis, si on m’avait dit un jour, quand j’étais petit, « tu verras, tu iras dans une salle de sport, tu en feras une à deux fois par semaine et en plus tu y emmèneras ta femme », je n’y aurais pas cru. Mais c’est vrai qu’Adeline avait aussi abandonné le sport et un jour elle est venue avec moi et depuis elle est devenue accro. J’y vais aussi avec mon fils et ça, c’est génial de pouvoir faire du sport avec les gens que j’aime.

Ton objectif maintenant?

Le prochain l’objectif, c’est du 16 au 20 février, la coupe du monde à Eger. J’aurais un passage devant la commission médicale qui me dira si elle estime que je peux passer en catégorie B. Si je suis en catégorie A, je sais que ce sera très compliqué mais que je prendrai du plaisir à tirer contre des médaillés olympiques.

Si je suis en catégorie B, j’aurais peut-être plus de chance de mettre des touches face à des personnes avec des capacités physiques plus proches des miennes et de me qualifier pour faire mieux qu’à Paris.

Ensuite, on verra comment ma pathologie évolue… Avec ma perte de sensibilité, ce sera toujours plus compliqué.

As tu des conseils à donner à ceux n’osent pas se lancer ou qui comme toi avant, se pensent bloqués dans leurs activités sportives ?

Simplement que rien n’est impossible! Il faut juste oser et essayer.

Je pense que l’imaginaire joue des tours et on se fait des montagnes de pas grand-chose. Aujourd’hui, les choses s’ouvrent de plus en plus au monde du handicap en terme de sport. Je rencontre régulièrement, quand je vais m’entraîner, de nouvelles personnes porteuses de handicap qui viennent après un accident de vie pour essayer l’escrime. Elles n’en feront peut-être jamais à haut niveau mais elles sont là, s’équipent, s’entraînent et ressortent avec la banane en disant  » j’ai réussi à faire ça ! ».

Se sentir vivant, c’est prendre une petite dose d’adrénaline de temps en temps et pour ça, il faut oser franchir le pas !

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Jeanne

A propos de l'auteur

Jeanne: Globe trotteuse et sportive aux quatre coins du monde, Jeanne aime écrire et rencontrer des nouvelles personnes aux profils atypiques. C'est grâce à cette envie de combiner ces passions que Feeling Alive voit le jour avec son mari.